Partir ou rester : le dilemme des journalistes sur X (ex-Twitter)
Depuis novembre, face à l’augmentation d’infox et de contenus haineux, des médias comme Ouest-France ou Médiapart quittent le réseau social d’Elon Musk. D’autres choisissent pourtant de rester pour continuer d’informer.

Selon une étude de Emarketer, spécialisé dans l’étude de marché, depuis le rachat par Elon Musk en 2022, X aurait perdu 7 millions d’utilisateurs actifs par mois. / Image d’illustration © Périne SAUVAGE
- parPérine Sauvage
- publié le20 décembre 2024
“Rester ou ne pas rester ?”, telle est la question. Après le départ du quotidien britannique The Guardian, suivi des groupes de presse régionaux français Ouest-France et Sud Ouest, c’est autour de Médiapart de dire au revoir à X (ex-Twitter). Si des médias et journalistes suivent cet exode, d’autres, comme Reporterre, ont décidé de rester pour faire face aux infox et à la montée de l’extrême droite.
C’est la nomination, le 12 novembre, du milliardaire et propriétaire de X, Elon Musk, à la tête d’un département de “l’efficacité gouvernementale”, qui a incité certaines rédactions à quitter la plateforme. Devenue trop “toxique” selon The Guardian, “une zone de non-droit” pour François-Xavier Lefranc, président du directoire de Ouest-France, le réseau social X n’est plus, pour beaucoup, en adéquation avec les valeurs journalistiques. “Il y a une question déontologique de ne pas continuer à enrichir et à légitimer ce réseau”, observe la journaliste Salomé Saqué, dans l’émission “Le Téléphone Sonne” de France Inter.
Faire face aux infox
Depuis son rachat par le PDG de SpaceX et de Tesla, en avril 2022, la plateforme de microblogging est devenue un espace où messages réactionnaires et Fake News sont devenus maîtres. En cause, l’absence de modération et un algorithme qui met en avant ces contenus. “Je vois de plus en plus de publications problématiques, et complètement à côté de mes valeurs” constate Louise Mohammedi, journaliste à Reporterre.
Malgré la tournure que prend X, la journaliste a tout de même décidé de rester. “Nous ne pouvons pas, en tant que journalistes, ignorer une partie d’internet, d’autant plus qu’elle devient remplie d’infox”. Selon elle, rester sur le réseau social est aussi une question déontologique. Faire face aux fausses informations et aux théories du complot est une mission trop importante pour pouvoir quitter la plateforme. C’est pourtant pour cette raison que d’autres journalistes ont quitté X, invoquant la “Loi de Brandolini”. Cette théorie montre que démentir une infox prend dix fois plus d’énergie que de la diffuser.
Montée de l'extrême droite
Le 3 décembre, Reporterre, média indépendant, annonçait ne pas avoir l’intention de quitter le réseau social, en justifiant qu’il “n’y avait pas de raison de laisser le terrain à l’extrême droite”. Au nom d’une liberté d’expression totale, Elon Musk a fait de sa plateforme un levier pour les mouvements conservateurs. “Rester est une manière d’apporter de la contradiction à de nombreux posts climatosceptiques sur la plateforme” ajoute Louise Mohammedi. Rester pour informer et mettre en avant des sujets importants comme l’écologie est la position qu’ont choisie Reporterre et ses journalistes.
Selon Statista, portail de statistiques allemand en ligne, en 2023, presque un français sur deux était climatosceptique. Si l’origine de cette tendance n’est pas exacte, les réseaux sociaux comme X restent le principal canal de diffusion de ces idées.
Auteur/autrice
-
Ne peut s'empêcher de parler de la Bretagne ou du féminisme. Son pire ennemi, le beurre doux (vade retro satana !)
Voir toutes les publications
Add a Comment