Bertrand Sorre : « Si on se contente de dire que c’est de la faute d’Emmanuel Macron, on ne fera pas avancer le pays »

Politique

Bertrand Sorre : « Si on se contente de dire que c'est de la faute d'Emmanuel Macron, on ne fera pas avancer le pays »

Entre deux allers-retours à l’Assemblée Nationale, où il exerce son troisième mandat de député de  la 2e circonscription de la Manche, Bertrand Sorre est revenu sur l’instabilité politique dans  laquelle baigne la France.  

Bertrand Sorre

Bertrand Sorre, député de la deuxième circonscription de la Manche sous la bannière EPR / Maëlle Couillard 

Vous êtes député depuis 2017, sous la bannière Ensemble pour la République (EPR). Vous sentez-vous toujours en accord avec votre parti ?

Bertrand Sorre : Globalement, oui. Je pense que la fidélité en politique a encore du sens. EPR est  un parti progressiste, pro-européen, avec un certain nombre de valeurs qui me paraissent en phase  avec les demandes actuelles de la société, et dans lesquelles je continue à me reconnaître. 

Après la dissolution de l’Assemblée Nationale, Emmanuel Macron a nommé un Premier ministre d'un parti qui n'a que 47 sièges à l’Assemblée nationale. Comprenez-vous les Français qui s’en sont indignés ?

B.S. : Bien sûr, je peux entendre que certains électeurs considèrent qu’il fallait un Premier ministre  de gauche. Mais dire que François Bayrou et Michel Barnier ne sont pas des Premiers ministres  légitimes, ce n’est pas un propos très utile au pays. Ils s’inscrivent dans cette capacité à rassembler  dont nous avons besoin aujourd’hui. Emmanuel Macron a été élu démocratiquement, il est président de la République jusqu’en 2027. Pour autant, un procès en illégitimité lui est fait depuis quelques  mois, par le Nouveau front populaire (NFP) et le Rassemblement national (RN). Emmanuel  Macron est brillant intellectuellement, il a certainement une opinion assez haute de sa capacité à  gouverner. Mais l’image que les médias donnent de lui n’est pas celle que j’ai, moi. Les élections  législatives de juillet 2024 ont donné à l’Assemblée nationale (AN) une configuration quasi inopérationnelle. Même si certains affirment être les plus nombreux, ça ne leur donne pas une  majorité. 

Une dissolution et une motion de censure en l’espace de quelques mois, c’est inédit. Ressentez-vous cette instabilité politique dans votre profession ?

B.S. : Bien sûr, je la ressens. Est-ce qu’Emmanuel Macron a bien fait de dissoudre l’Assemblée  nationale au mois de juin ? Absolument pas. Je pense qu’il avait deux scénarios possibles en tête. Le premier, c’était qu’il retrouve une majorité à l’Assemblée nationale. Le deuxième, c’était que le RN gagne ces élections législatives, pour que les Français se rendent compte de ce que serait l’arrivée à la tête du pays d’un Jordan Bardella. C’était un jeu très risqué, il y a des dégâts, au sein même de notre groupe. Aujourd’hui, EPR est considéré comme un parti majoritaire, mais qui n’a pas de majorité.  

Dans votre profession de foi de 2017, vous écriviez que « l'élection d'Emmanuel Macron [marquait] le désir de bâtir une France rassemblée ». C'est un peu raté, non ?

B.S. : Effectivement… (hésitant) Au regard de l’état de la société aujourd’hui, on peut dire que c’est  raté. Cela résulte certainement des choix politiques qui ont été faits, mais aussi de situations sur  lesquelles nous n’avions pas la main. La crise des Gilets jaunes, par exemple, a considérablement  bouleversé le paysage politique en France. Et puis la crise sanitaire, la guerre en Ukraine… Toutes  ces crises successives ont sans doute été des freins pour rassembler les Français.  

Cette situation d’instabilité ne découlerait-elle pas également de décisions prises par Emmanuel Macron, au pouvoir depuis 7 ans ?

B.S. : Si on se contente de dire que c’est de la faute d’Emmanuel Macron, on ne fera pas avancer le  pays. Il y a eu un certain nombre de réformes utiles aux Français depuis 2017. Mais on tend plutôt à retenir les choses qui ne vont pas bien. 

Le pouvoir use. Emmanuel Macron, dans sa façon d’être président, a fait des erreurs, c’est une  évidence. Je pense que par moment, ce jeune président plein de fougue, à qui on ne peut pas  reprocher de ne pas être impliqué, a été plus dans le rôle d’un Premier ministre que dans le rôle d’un  chef de l’État. 

Vous avez plusieurs fois affirmé que vous ne pourriez jamais accepter que la France soit gouvernée par l'extrême droite. Avez-vous néanmoins l'impression que l’on s'en rapproche ?

B.S. : Si on regarde purement les chiffres, il est évident que les Français font de plus en plus  confiance au RN. Cela découle des incapacités que nous avons eues, nous et nos prédécesseurs, à  répondre à certaines attentes des Français. Le RN surfe dessus. J’entends les propos tenus par  certains députés d’extrême droite au sein de l’AN, c’est puant. Je crains le jour où l’extrême droite  arrivera au pouvoir. Les médias jouent aussi un rôle, dans l’alimentation de cette fracture qui se  creuse dans la société française.  

Pensez-vous que cette fracture peut se résorber ?

B.S. : On ne peut que souhaiter d’un pays qu’il s’apaise. Mais je ne suis pas sûr qu’on y arrive. On a  besoin de tous les Français, quelles que soient leurs origines. C’est ce multiculturalisme qui fait la  richesse de notre pays. C’est ça qu’on devrait valoriser, et non pas tenter d’opposer des origines ou  des confessions. Mais nous n’en sommes pas capables aujourd’hui.

 

Propos recueillis par Maëlle Couillard

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