« Pendant que les politiques jouent à Game of Thrones, des gens continuent de souffrir » : Jocelyn Paitier, délégué de l’ADMD

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« Pendant que les politiques jouent à Game of Thrones, des gens continuent de souffrir » : Jocelyn Paitier, délégué de l’ADMD

Alors que le projet de loi sur la fin de vie est repoussé sans cesse, Jocelyn Paitier, vice-délégué de Loire-Atlantique de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD), partage son analyse, entre espoir et déception.

Jocelyn Paitier

Jocelyn Paitier, vice-délégué de Loire-Atlantique de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD), à Nantes. Crédit : Robin Boulé

Le 9 juin dernier, Emmanuel Macron a décidé de dissoudre l’Assemblée nationale alors que le projet de loi sur la fin de vie était discuté. Qu’avez-vous ressenti à ce moment ?

A l’ADMD, on a regardé la montre et on s’est dit : il n’aurait pas pu le faire quatre ou cinq jours plus tard ? Force est de constater qu’Emmanuel Macron, mis à part faire des grandes phrases autour de notre cause et recevoir Line Renaud en lui assurant de son soutien, ça traîne. Et pendant que ça traîne, il y a des gens qui souffrent inutilement et qui ne pourront pas bénéficier de leur droit de mourir dans la dignité. La dissolution est une déception, et ce n’est pas la première…

Le nouveau Premier ministre, François Bayrou, s’est d’ores et déjà prononcé contre le projet de loi fin de vie. Est-ce que cela vous fait peur ?

C’est surtout le volet concernant l’aide active à mourir qui lui pose beaucoup de problèmes. Ce dont j’ai peur, c’est que ça traine, encore et encore. Mais je préfère qu’on ait une population convaincue et un Premier ministre opposé que l’inverse. Aujourd’hui, 9 Français sur 10 sont favorables à l’aide active à mourir. Je n’ai pas l’impression qu’on doive combattre François Bayrou, d’autant plus qu’il ne sera peut-être plus au gouvernement dans trois, quatre mois…

Il avait déclaré au Figaro l’année dernière que cette loi ouvrirait un « droit d'être tué ». Que lui répondez-vous ?

Non, ce n’est pas le droit d’être tué. C’est le droit d’être considéré et d’être entendu jusqu’au bout de son existence, comme sujet de sa propre existence. Les opposants refusent de voir une triste réalité dans laquelle des enfants finissent par étouffer leurs parents. Ça existe, mais on ne veut pas le voir. Néanmoins, même si on avait un Premier ministre de gauche, je ne suis pas certain que le projet de loi sur la fin de vie serait la priorité.

Je pense que le projet de loi que nous supportons donne les pleins pouvoirs à l’humain jusqu’au crépuscule de sa vie. Quelque part, l’aide active à mourir c’est l’ultime soin de santé que la médecine peut offrir quand la douleur est trop forte. Lors des obsèques, il est d’usage d’afficher une photo du défunt où il est heureux. Autant être raccord avec la réalité de la fin de vie et laisser les personnes partir le visage serein plutôt que grimaçant.

La présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, a annoncé que le projet de loi allait être discuté à la fin du mois de janvier. Avez-vous espoir pour la suite ?

Honnêtement, je ne sais pas vraiment comment la suite peut se dérouler. On entend des sons de cloche différents parmi les politiques, et les députés du Rassemblement national jouent les planqués sur ce sujet. Alors oui, la loi va être discutée dans peu de temps, mais peu de temps pour qui ? Quelques semaines pour un homme ou une femme politique, ce n’est pas comparable aux semaines de souffrance qu’endure celui qui voudrait bénéficier de la porte de secours que représente l’aide active à mourir. Pendant que les politiques jouent à Game of Thrones, des gens continuent de souffrir…

Je pense que le chemin est fait dans la tête des Français, mais est-ce que les politiques le considèrent ? Je n’en suis pas sûr. 

 

Propos recueillis par Robin Boulé

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