La pollution sonore en Méditerranée : un fléau invisible pour les cétacés
Silencieuse et apaisante, la mer est victime de cette fausse image. Mais derrière cette apparence se cache une réalité bien différente. Sous la surface, un brouhaha incessant trouble l’écosystème marin, menaçant tout particulièrement les cétacés.

Un dauphin dans la mer Méditerranée. Crédit : Martino Grua.
- parAurélie Peyrache
- publié le11 mars 2025
Bien loin de la présentation faite par le film Le monde du silence de Jacques-Yves Cousteau et Louis Malle, la Méditerranée n’a jamais été aussi exposée à la pollution sonore exercée par les activités humaines. Navigation commerciale, bateaux touristiques ou encore sonars militaires, tous émettent du bruit en continu, perturbant les animaux marins dans leur habitat. Mais quels sont exactement ces sons ?
Bertrand Bouchard, chercheur en écologie comportementale, explique que la pollution sonore marine se compose de « vibrations et de sons » qui sont d’origine humaine. Cependant, sous l’eau, les ondes sonores circulent bien plus rapidement et plus loin. « On dit que la vitesse du son est 4 fois plus élevée dans l’eau que dans l’air. » ajoute t-il.
De lourdes conséquences pour les cétacés
Dans la mer Méditerranée, les animaux échangent des sons afin de communiquer entre eux. Les cétacés, dont l’ouïe est essentielle à leur survie, subissent de plein fouet cette pollution invisible. Ces bruits constants de l’activité humaine engendrent un stress chronique, pouvant affecter leurs systèmes immunitaires et hormonaux. « Cela peut entraîner une réduction des capacités de reproduction et une sensibilité accrue aux maladies. De nombreuses espèces sont également obligées de migrer loin de leur habitat naturel » déclare Bertrand Bouchard. De plus, ces sons perturbent les routes migratoires en forçant les cétacés à abandonner leurs zones d’habitat naturel, là où ils trouvent normalement leur nourriture.
Le cas du grand dauphin et des jet-skis
Vers les côtes de la mer Méditerranée, le grand dauphin, espèce côtière emblématique, est victime des jet skis. Contrairement aux bateaux commerciaux qui génèrent un bruit localisable, les jet-skis émettent des sons diffus et aléatoires, ce qui empêche les dauphins d’en identifier la provenance. « Ces bruits incessants se diffusent massivement dans le fond sonore côtier, pouvant provoquer une confusion et un stress chez les dauphins qui peinent à se déplacer », souligne Bertrand Bouchard. Sous l’effet du stress, ces animaux finiront désorientés.
Les sonars militaires, une menace mortelle
Parmi les sources de pollution sonore les plus destructrices, les sonars militaires figurent en tête de liste. Avec une intensité comparable à la détonation d’un avion de combat, ils ont un impact dramatique pour certaines espèces comme les baleines à bec de Cuvier. Ces cétacés effectuent des remontées à la surface par paliers afin d’éviter la décompression. “Les baleines à bec de Cuvier sont de bonnes plongeuses, mais lorsqu’elles entendent les sonars, elles paniquent et remontent trop rapidement. Elles subissent alors un accident de décompression.” explique Bertrand Bouchard. Paralysées de douleur, elles finissent par s’échouer sur les plages et mourir d’une embolie létale.
Ce scénario dramatique a été confirmé par des examens ayant révélé d’abondantes bulles d’azote dans leurs veines ainsi que des embolies graisseuses dans leurs vaisseaux montrant un accident de décompression. Outre la mortalité directe, des conséquences à long terme peuvent être observées. Le stress chronique subi par ces animaux engendre des lésions au niveau des cellules sensorielles, entraînant une perte d’audition. Or, comme le rappelle Bertrand Bouchard : « Dans la mer, le son c’est la vie. Les dauphins ont un cri qui leur est propre, on peut dire que c’est leur prénom. Un dauphin peut imiter le cri de celui qu’il souhaite appeler » explique t-il. Cette communication inconnue pendant longtemps est pourtant primordiale pour la reproduction et le bien-être des dauphins. Aujourd’hui cette communication est menacée par l’activité humaine.
Quelles solutions pour préserver les cétacés
Face à ce fléau, des mesures commencent à se mettre en place pour garantir la survie de ces espèces. La réglementation du trafic maritime, la création de zones marines protégées et le développement de technologies moins bruyantes sont des pistes qui commencent à être explorées. « Il est crucial de sensibiliser les usagers de la mer à l’impact de leurs activités sur la faune marine, sinon de nombreuses espèces vont disparaître », conclut Bertrand Bouchard.
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