Dans le Djub’-box de France Inter

Musique

Dans le Djub’-box de France Inter

Depuis 2001, Djubaka est l’un des architectes de l’identité musicale de France Inter. Personnage singulier, drogué à l’art et à la musique, il œuvre à faire découvrir des artistes engagés aux auditeurs, en dépit du contexte social, politique et médiatique tendu dans lequel baigne la France. 

le bureau de Djubaka à Paris

Le bureau de Djubaka, à la Maison de la Radio. © Maëlle Couillard

« Tu m’excuseras, je viens de fumer une clope », annonce Djubaka, en ouvrant la porte de son bureau haut en couleurs. Vinyles suspendus au plafond, gramophones, affiches placardées sur les murs… Et une collection impressionnante de disques, entassés çà et là dans les cases d’une massive étagère. « Ici, c’est ma chambre. Manque plus que le pieu ! » L’odeur, mélange de tabac froid et d’une bougie parfumée, enveloppe toute la pièce et son occupant, programmateur musical de France Inter depuis 2001. Un personnage vocal, avec sa voix rocailleuse reconnaissable entre mille. Un personnage physique et vestimentaire, aussi, révélé à son plus grand dam par l’arrivée des caméras dans les studios. 

À l’instar des autres programmateurs de l’antenne, Djubaka est chargé de tisser, morceau par morceau, la playlist de l’antenne. Et tout comme ses fringues, les playlists du Djubaka sont pour le moins atypiques. Les Vulves Assassines, Nougaro, NTM, Baloji… On trouve de tout. « Même sur une playlist on me reconnaît. Comme on reconnaît les autres. Chacun a sa patte. »

Les morceaux et leurs histoires

La sienne, de patte, il la qualifie d’éclectique. Djubaka touche à tout. Il fouille, il déterre, découvre chaque jour des nouveaux titres à ajouter à sa conséquente playlist. Ce qui l’intéresse aussi, ce sont les histoires qui se cachent derrière les morceaux. « Un artiste passe au moins deux ans à faire un album. Il faut s’intéresser à pourquoi il a consacré sa vie à ce projet, même si t’aimes pas. »

Confrontés à un plateau, à des voix, à une humeur, à une situation politique ou personnelle, les choix de disques de Djubaka ne sont certainement pas faits au hasard ! Le disque est un personnage à part entière de la narration d’une émission. « Le disque c’est un ami. Je ne vais pas mettre une chanson en arabe pour une émission sur les femmes iraniennes, qui parlent le perse. »

Une vie en musique

D’ami, il n’y a pas que le disque. La musique et la culture populaire, Djubaka les affectionne depuis l’enfance. « Le punk m’a fait découvrir Rimbaud. La culture populaire m’a sauvé. C’est un joli tricot, c’est pas l’écharpe de ta mémé que tu mettras jamais ». De l’expérimental Pierre Henry au chef d’orchestre classique Pierre Boulez, en passant par le concerto pour machine à écrire de Leroy Anderson, sa playlist personnelle regorge de bijoux singuliers, best of de ce que le monde de la musique a à offrir. « J’avais pas accès à grand-chose, quand j’étais gosse, mais à ça, à 110 %. Et avec des parents hippies, j’en ai bien profité. La musique me nourrit, elle me rend heureux. » 

À l’antenne, Djub ne passe pas les sons qu’il écoute chez lui : il recherche des disques « France-Intérisables ». C’est-à-dire ? « Un single que je vais pouvoir faire écouter de 8h du matin jusqu’à minuit à une population la plus large possible. Ici, tu travailles pour l’antenne et pour les auditeurs, pas pour toi. » Le cahier des charges, imposé par l’Arcom et Inter, ne le muselle pas pour autant, en témoignent ses playlists de grève et ses interventions au micro. « Une chanson, c’est aussi une parole. Tu peux dire ton avis par un morceau. It’s a game. » 

Inter ou rien

Djubaka défend le service public avec conviction. Il faut dire qu’il entretient avec France Inter une relation de longue durée, aussi vieille que lui. « L’exception culturelle est une réalité. On n’a pas de rapport d’argent avec les labels, ni avec les artistes. En Europe, il n’y a que nous et la BBC qui travaillons comme ça. »

Seule station qu’il écoutait enfant, il a donné à cette antenne une part de lui, et il en a aussi appris beaucoup. « C’est un échange dont je me satisfais. J’ai pas l’impression de m’être trahi moi, ni l’antenne. Même sur une merdouille comme Le Grand Dimanche Soir, je ressors en pouvant me regarder dans la glace. » 

Si Guillaume Meurice, Juliette Arnaud ou encore Aymeric Lompret, chroniqueurs déchus de feu Le Grand Dimanche Soir, ont quitté France Inter pour Radio Nova à la suite de ladite « Affaire Meurice », Djubaka, qui prenait le micro pour mettre en lumière des morceaux engagés, ne les a pas suivis. « Nos petits Judas là, ils lancent la pub des milliardaires. [Radio Nova est la propriété de Mathieu Pigasse, NDLR]. Moi je travaille pour le service public. C’est un engagement. Soit tu choisis de garder le micro parce que tu sais que c’est un acte de résistance politique, soit tu choisis d’aller bouffer dans une main plus nourrissante. »

Et tant qu’on ne lui enlèvera pas sa caverne d’Ali Baba de bureau, il restera et il continuera à arpenter les milliers de sentiers de la musique, pour en tirer les plus mordantes pépites. « Si t’es pas curieux de l’état du monde, tu fais pas ce boulot. Be curious, get nervous. »

Pour écouter la voix rocailleuse de Djubaka, rendez-vous sur Divergence FM où Maëlle lui a consacré un podcast dans le cadre de son stage : Dans le Djub’box de France Inter – Divergence FM

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