Séparation du groupe Shaka Ponk : quand la musique live cède le pas à l’urgence écologique
Le groupe de rock Shaka Ponk a définitivement tiré sa révérence, pour raisons écologiques. En mettant fin à ses tournées, le groupe pose une question nécessaire : l’avenir de la musique live peut-il concilier avec les impératifs écologiques ?

Image d’illustration d’un concert de 2023 / Image libre de droit © Pexels
- parClara Munnier
- publié le24 janvier 2025
Deux décennies de carrière, huit albums, des milliers de concerts et autant de fans conquis. Le mythique groupe de rock Shaka Ponk a décidé d’y mettre fin, en annonçant sa séparation en 2022. Le samedi 30 novembre 2024, le groupe a donné son ultime concert à l’Accor Hotel Arena de Paris, avant un retour à une date encore inconnue.
La raison de ce départ ? Le groupe veut s’affranchir de ce décalage entre ses tournées polluantes à travers le monde et ses messages fervents en faveur de la protection de la planète. « À un moment donné, c’est compliqué de dire aux gens de respecter la planète, quand toi-même, tu as une activité professionnelle qui est polluante », explique Samaha Sam, chanteuse du groupe, au HuffPost. « C’est une sorte d’échec dans le sens où l’on n’a pas de solution, ajoute Sam, second chanteur, à l’AFP. Et tant qu’il n’y a pas de solution, on arrête. »
« Le monde de la culture sait qu’il doit repenser ses modèles »
Une première radicale qui a quelque peu bouleversé le monde musical, plusieurs artistes soutenant la décision. La scène musicale est amenée, face aux enjeux contemporains, à se transfigurer. Jean-Paul Deniaud, co-fondateur de Pioche! Magazine, média écologique et artistique, observe dans le média Tsugi : « Les artistes ont toujours été aux avant-postes des combats de leurs époques. C’est bien sûr le cas pour l’environnement. Le monde de la culture sait qu’il doit repenser ses modèles. S’il y a bien un milieu où se trouve la créativité pour inventer des choses, servir d’exemples ou de passerelles pour inspirer, c’est bien celui des arts ».
Ouvertement engagé pour l’environnement, Shaka Ponk est à l’initiative de The freaks, un collectif d’artistes favorables à l’adoption de comportements écoresponsables face à la lutte contre la pollution et le réchauffement climatique. Créée en 2018 en collaboration avec la Fondation pour la nature et l’Homme, l’initiative recommande plusieurs actions concrètes, comme l’interdiction des bouteilles plastiques ou encore la pratique du covoiturage pour se rendre aux concerts.
Si le groupe prenait très à cœur de mettre en place diverses actions lors de ses concerts, il s’est heurté à l’impact environnemental du déplacement de milliers de spectateurs, un paramètre inchangeable.
1 200 tonnes de CO2 émis par l’Eras Tour en 2023
La mobilité, que ce soit celle des spectateurs ou des musiciens, est effectivement la principale cause d’émissions de gaz à effet de serre dans l’industrie musicale. Une étude menée sur 18 festivals en France révèle qu’un festival émet en moyenne 740 tonnes de CO2, équivalent à 200 allers-retours Paris-New-York en avion.
Taylor Swift a écopé du triste titre de « célébrité la plus polluante » d’après un classement établi par l’agence Yard. The Eras Tour, avec ses 152 dates mondiales, a émis pas moins de 1 200 tonnes de CO2 en 2023, soit 83 fois plus que l’empreinte carbone moyenne d’un citoyen américain. Ceci en grande partie dû au transport de l’artiste en jet privé, sur des très courtes distances.
Pour atténuer cet impact, l’industrie musicale explore diverses alternatives. L’expérience virtuelle en est une. À l’heure où ABBA peut encore se produire sur scène grâce aux avatars, l’hologramme est une nouvelle façon d’imaginer l’espace scénique. Retransmettre en direct un concert dans plusieurs autres salles dans le monde permet de réduire les déplacements massifs en un seul lieu. Une expérience de concert parfois décevante : manque de réalisme et communication impossible avec l’artiste. D’autant plus que cette solution reste polluante, même à moindre échelle, et renforce une tendance individualiste de la consommation culturelle.
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Activité favorite : rire à en pleurer. Entre deux fous rires, se perd dans un livre, une expo ou une séance de ciné… Et trouve parfois le temps d’écrire un article.
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