Réseaux sociaux : pourquoi ces grands médias quittent X ?

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Réseaux sociaux : pourquoi ces grands médias quittent X ?

Ouest-France, Sud Ouest, Mediapart : plusieurs journaux ont suspendu leur activité sur X, dénonçant le climat haineux et la désinformation. Si certains journalistes continuent d’utiliser eux-mêmes la plateforme, une migration vers des alternatives comme Bluesky semble se dessiner.

elon musk

Elon Musk a racheté X (anciennement Twitter) en octobre 2022 et depuis, des utilisateurs et des journaux quittent le réseau social. Crédit : Daniel Oberhaus via Flickr.

« Nous ne voulions plus alimenter la bête », justifie Caroline Tortellier, rédactrice en chef à Ouest-France. Selon elle, la volonté du groupe de quitter la plateforme remonte à plus d’un an avant sa mise en application effective, bien antérieure à la décision récente du journal anglais The Guardian. « Nous ressentions un malaise de plus en plus grand face à X, en raison de multiples incitations à la haine », explique la journaliste.

En effet, les exemples de campagne de haine envers des personnalités du monde des médias ou non ne manquent pas. Récemment, c’est Salomé Saqué, journaliste chez Blast, qui en a fait les frais. La jeune journaliste, de par ses combats féministes et contre l’extrême-droite, a reçu des menaces de mort sur X comme sur d’autres plateformes. Elle a, par ailleurs, quitté la plateforme d’Elon Musk fin novembre 2024. Le cyberharcèlement sur X a également touché les artistes drag-queens ayant participé au tableau des festivités lors de la cérémonie d’ouverture de Paris 2024. Nicky Dolls qui en fut la cible privilégiée, avait annoncé porter plainte. En cause, le tweet d’un ancien acteur, Laurence Fox, et de plusieurs anonymes.  

Une décision qui inspire les lecteurs

Après la publication d’une tribune dans Le Monde, lancée par un collectif de spécialistes de la lutte contre la désinformation, Ouest-France a drastiquement réduit son nombre de tweets, passant de 200 à 20 par jour. « En tant que média, nous ne pouvions plus cautionner une plateforme qui ne respecte pas le droit », justifie Caroline Tortellier, qui fait référence aux nombreux débordements des utilisateurs de X, de moins en moins sanctionnés.

« Cette décision fut unanime au sein de nos différentes rédactions et ne souffre d’aucun regret », poursuit-elle. Par ailleurs, « certains de nos lecteurs sont inspirés par notre choix et réfléchissent également à leurs propres pratiques. »

Bien que le premier journal français en termes de tirages ait suspendu ses comptes X, ceux-ci restent visibles sur le réseau social : leurs historiques de publication, mentions et retweets sont toujours accessibles. X demeure un outil essentiel de veille informationnelle.

Sud Ouest et Mediapart suivent le mouvement

Sud Ouest fin novembre, et plus récemment Mediapart ont également suivi le mouvement.

Au sein des rédactions du groupe, certains journalistes tiennent des propos plus nuancés. « J’utilise toujours X », confie Éric Normand, chef d’édition à La République des Pyrénées, propriété du groupe Sud Ouest. « Il y a des choses sur X que l’on ne trouve pas ailleurs, comme les déclarations express du nouveau Premier ministre ou les informations relayées par d’autres décideurs », ajoute celui qui occupe son poste depuis près de vingt ans.

Le groupe aquitain a quitté la plateforme d’Elon Musk en raison du manque de garanties sérieuses contre la désinformation et d’une absence de volonté d’assurer l’équilibre des débats.

Bluesky, une alternative encore balbutiante

Désormais, Ouest-France se tourne davantage vers d’autres réseaux tels que Thread de Meta (Facebook) et Mastodonte pour la publication de contenus, même si le format diffère de celui de X.

Mais parmi ces alternatives, Bluesky pourrait être la plus intéressante. Le réseau social a été créé en 2019 comme un projet interne à Twitter et fut financé par l’entreprise jusqu’au rachat par Elon Musk en 2022. L’un des atouts de Bluesky est la possibilité de personnaliser l’algorithme de recommandation. Au lieu d’en imposer un, la plateforme permet aux usagers de choisir, voire de créer, leur propre algorithme pour trier et afficher de nouveaux contenus.  

Plutôt que de confier la modération à une seule entreprise, comme c’est le cas sur X, le réseau permet aux administrateurs de serveurs et aux utilisateurs d’avoir un contrôle plus fin sur les contenus visibles et les interactions. Cette approche permet une plus grande transparence.

La jeune plateforme américaine s’est développée ces derniers mois, notamment grâce à la fuite massive d’utilisateurs de X. Selon des chiffres publiés dans Le Monde, Bluesky comptait près de 23 millions d’utilisateurs fin 2024. On est bien loin du concurrent X et ses 360 millions d’utilisateurs quotidiens mais ce chiffre est en augmentation. La réélection de Donald Trump et le soutien d’Elon Musk envers le président républicain pourrait accélérer la migration rapide des utilisateurs de X vers Bluesky, une opportunité pour ce dernier.

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