Ces médias qui font une croix sur X, la fausse bonne idée
Entre le monde médiatique et le réseau social X (anciennement Twitter), rien ne va plus. Motif de rupture : phénomène de désinformation exacerbé et propriétaire intégré au futur gouvernement d’extrême droite de Donald Trump. En réponse, les médias quittent massivement la plateforme, abandonnant les utilisateurs de X au cœur d’une spirale de fake news.

La vague de désactivations des comptes X pose de véritables enjeux démocratiques. © Photo Clara Munnier
- parClara Munnier
- publié le22 décembre 2024
120 000. C’est le nombre de comptes désactivés dans le monde début novembre 2024 sur le réseau social X, d’après le Financial Times.
Entre les médias et X, c’était auparavant l’idylle. Rapidité de l’information et accès à un réseau de contacts immense : le rêve de tout journaliste. Artoise Bastelica, rédactrice indépendante spécialiste des technologies, a été une grande utilisatrice de la plateforme, avant de la quitter récemment. “X m’a permis d’avoir une visibilité sans précédent sur mon travail journalistique. Mais très vite, j’ai compris la dimension perverse de ce média. Ce qui manque sur X, c’est la nuance et le débat.”
X est le royaume où la désinformation est reine. Depuis le rachat en octobre 2022 par le milliardaire américain Elon Musk, cela n’est allé qu’en s’amplifiant. Le succès des plus grands propagateurs de désinformation a augmenté de 42 %, selon Science Feedback.
L’application à la croix blanche est aussi le terrain fertile de la propagation des idéaux d’extrême droite, jusqu’à devenir la caisse de résonance des discours du Parti républicain lors de la présidentielle américaine. Julie Morvan, journaliste tech pour France TV Slash, souligne : “Il faut se dire que le propriétaire de X a participé à la réélection de Trump en grande partie grâce au réseau social qu’il contrôle”.
“Ce qui est en jeu est bien plus grave”
Si ce n’est pas la première vague de boycott, c’est résolument la plus puissante. Un acte à la symbolique forte, qui marque l’opposition à ce qu’un média social devienne un vecteur de propagande. The Guardian et La Vanguardia, médias initiateurs du mouvement, ont dénoncé la “toxicité” du réseau social. La journaliste pour Blast, Salomé Saqué a décidé de les suivre, non sans concessions : “Quand son activité professionnelle en dépend, il n’est vraiment pas simple de renoncer à la visibilité. Mais ce qui est en jeu est bien plus grand, et bien plus grave”.
Quitter X, c’est perdre onze millions d’utilisateurs mensuels en France, selon les chiffres de Médiamétrie. Onze millions de personnes qui vont être confrontées à un fil d’actualité nettoyé de toute information vérifiée et fiable. Si Artoise Bastelica comprend la symbolique, elle s’inquiète des conséquences. “Le seul contre-pied qu’on pouvait avoir sur la plateforme est parti. Le risque, c’est que des personnes ayant une utilisation sporadique de X vont tomber sur des contenus d’extrême droite, qui seront omniprésents, et ils vont peut-être se mettre à approuver des idées auxquelles ils n’auraient jamais adhéré si des médias comme Ouest France étaient restés.”
Repenser ses usages
Face à la crise, le réseau social Bluesky s’impose comme l’alternative. Sa modération renforcée fait de lui un candidat sérieux au titre de successeur. En l’espace de quelques mois, la plateforme a triplé le nombre mondial de ses usagers pour atteindre plus de 20 millions d’utilisateurs, d’après Le journal du geek. Mais la recherche du réseau social idéal reste illusoire. “Même Bluesky est déjà soumis à de la désinformation, affirme Artoise Bastelica. Le plus important en tant que journalistes, c’est de repenser nos usages et d’interroger notre rapport aux réseaux sociaux.”
Elon Musk, lui, n’est guère affecté par ces départs. L’homme à la fortune estimée à 440 milliards de dollars, aura prochainement un rôle clé sous la présidence Trump, en tant que ministre de l’Efficacité gouvernementale. Un nouveau moyen de confirmer son influence, aux côtés de celui qui érige les médias en “ennemis du peuple”.
Auteur/autrice
-
Activité favorite : rire à en pleurer. Entre deux fous rires, se perd dans un livre, une expo ou une séance de ciné… Et trouve parfois le temps d’écrire un article.
Voir toutes les publications
Add a Comment