Le pigeonnier contraceptif, une idée pondue par la mairie montpelliéraine pour une gestion plus éthique des pigeons

Environnement

Le pigeonnier contraceptif, idée pondue par la mairie montpelliéraine pour une gestion plus éthique des pigeons

À l’occasion de Cœur Animal, événement dédié à la promotion du bien-être animal à Montpellier ce samedi, nous avons exploré de plus près une initiative municipale innovante, visant une gestion plus éthique de la population de pigeons : les pigeonniers contraceptifs.

Un pigeonnier contraceptif, installé au cœur d'un parc

Le pigeonnier contraceptif placé dans le parc Tastavin, le27 septembre 2024. Photo/Clara Munnier

Dans un parc de la cité montpelliéraine, une nouvelle installation s’est discrètement intégrée. En apparence, l’îlot de verdure semble avoir conservé son agitation habituelle : sous les pas, les graviers crissent, témoins de l’activité incessante du parc. Ils font la rencontre de roues précipitées d’un vélo, d’une boule de pétanque échappée du boulodrome ou de genoux écorchés d’un enfant trop pressé de rattraper son ballon. Des voix retentissent, des discussions animées s’élèvent, le bruit creux des boules de pétanque s’entrechoquent en écho. Seules les ailes des pigeons viennent bouleverser par instants l’ambiance générale du parc ; nuée grise et argentée qui colore le ciel. Ils convergent tous vers le même refuge : une nouvelle habitation, tout en bois, creusée pour y accueillir leur passage.

Cette maison, nichée au cœur du parc Tastavin, porte le nom évocateur de pigeonnier contraceptif.

Cet abri singulier, hébergeant en son sein des locataires à plumes, a un objectif spécifique. Il vise à réguler la population de pigeons, en empêchant l’éclosion des œufs grâce à la manipulation d’un technicien municipal.

Face à ce dispositif, les passants s’interrogent. Pour Anthony, habitant d’un quartier voisin, il est inconcevable de tuer les œufs de ces volatiles : “on est habitués aux pigeons, ils font partie du paysage montpelliérain”.

Une régulation nécessaire ?

Nicolas, bénévole de l’association L214, croit en la nécessité de réguler la population de pigeons. Pour cause, ces animaux se reproduisent très vite et sont les auteurs de plusieurs nuisances en ville. Leurs fientes, très acides, dégradent par exemple les façades.

Mais selon le bénévole, il faut aussi se remettre en question. « Les pigeons posent un problème seulement parce qu’on est des Hommes. Dans la nature, je ne pense pas que ça poserait un problème. Pour qu’il y ait une cohabitation, il faudrait déjà ne pas les considérer comme des parasites, mais plutôt comme des animaux ».

Une nuée de pigeons sur le sol.
Les pigeons sont de plus en plus présents dans le monde urbain. Photo/Clara Munnier

Cohabiter de manière durable avec les pigeons

Dans cette situation, les intérêts des habitants entrent en conflit avec la question de la protection animale. Pour concilier ces deux éléments, la mairie a choisi la solution qu’elle considère la plus morale par le biais du pigeonnier contraceptif. Yolande, bénévole de l’association L214, fait confiance à Eddine Ariztegui, adjoint au maire et délégué au bien-être animal, pour sa mise en place : « S’il estime qu’il en faudra d’autres, on le suivra. C’est une manière éthique de réguler la population des pigeons ».

Ce dispositif remplace les méthodes létales utilisées auparavant, comme le gazage et la castration chirurgicale. Eddine Ariztegui explique avoir voulu stopper la souffrance animale : « Après avoir été élu, j’ai découvert ces deux méthodes pour éviter la prolifération des pigeons. J’ai vu des vidéos où, pendant la castration, les pigeons n’étaient même pas endormis et c’était une grande souffrance pour eux. Donc j’ai souhaité arrêter ça de suite. »

Eddine Ariztegui, adjoint au maire et délégué au bien-être animal
Eddine Ariztegui, adjoint au maire et délégué au bien-être animal. Photo/Sania Idjouadiene

Montpellier continue d’innover en matière de gestion de la faune urbaine. L’installation de nouveaux pigeonniers contraceptifs est prévue dans plusieurs quartiers de la ville tels que la Mosson ou Antigone.

En parallèle, Eddine Ariztegui envisage d’autres alternatives, comme la nicarbazine, testée dans plusieurs villes d’Europe. À l’effet contraceptif, ces graines distribuées aux pigeons permettent de réduire le nombre d’œufs pondus et éclos sans pour autant éradiquer l’espèce. « Ces graines sont très efficaces, on les étudie. J’aimerais bien qu’on puisse les tester. Mais, ça pose des questions : il faut mettre en place des protocoles de sécurisation pour éviter qu’il y ait d’autres animaux qui les mangent. À Quimper, c’est très bien utilisé, alors j’avance progressivement sur le sujet. »

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