Le Redline, berceau du stand-up montpelliérain
Depuis six ans, le Redline offre un lieu d’expression aux humoristes de Montpellier. Un projet entre copains, qui s’est fait un nom dans le milieu du stand-up et dans la vie nocturne de la ville.
Benjamin, le programmateur du Redline, ouvre la soirée avant le passage des artistes © Maëlle Couillard
- parMaëlle Couillard
- publié le22 septembre 2025
A deux pas de l’église Saint-Roch, tandis que le crépuscule s’installe doucement sur Montpellier, la rue des Tessiers s’anime. Une file se forme devant le numéro 5, où se niche le Redline. Le mercredi 10 septembre, le comedy-club a rouvert ses portes au public après plus d’un mois de travaux, documentés sur le compte Instagram du Redline. Les humoristes fidèles du lieu ont participé à la rénovation du nouveau bâtiment, qui peut désormais accueillir 90 personnes, contre 60 auparavant. « On a crée cet endroit avec nos mains, on a tous planté un clou dans un des bancs, et on veut régaler les gens qui sont sur ces bancs » raconte Nathan Olivier, l’un d’entre eux.
C’est ici que le stand-up a trouvé son premier souffle dans la ville. Ouvert il y a six ans par Théo Géraud, désireux de retrouver les comedy-club qu’il fréquentait au Canada et qui manquaient à Montpellier, le Redline a d’abord été une scène ouverte, accueillant des artistes de différents horizons. Mais c’est bien le stand-up qui a pris le pas, faisant du Redline le véritable berceau de l’humour montpelliérain, où de nombreux artistes ont débuté, notamment grâce aux soirées des mardi et jeudi, dites « soirées chantier ».
"Ici, c'est une safe place"
« Tout le monde est le bienvenu, explique Hayrane Hamza, directeur de la communication du Redline. Sur nos soirées, il n’y a pas de hiérarchie, mais des paliers à passer. Les chantiers quand tu démarres, pour tester de nouvelles vannes. Si tes cinq minutes fonctionnent bien, tu passes sur les mercredis. Et si les mercredis tu passes bien, alors on te programme sur les weekends, qui sont vraiment nos soirées un peu phare. En terme de prog’, on n’a rien à envier à Paris. »
Et il n’y a pas que des humoristes montpelliérains qui foulent les planches du Redline. Au fil des années, le comedy-club s’est fait une certaine réputation, attirant des artistes de renom qui viennent rôder leurs nouveaux sketchs, comme Gad Elmaleh ou encore Camille Tissot, qui a fait ses premiers pas sur scène au Redline.
Dehors, les comédiens discutent avec les spectateurs qui font la queue pour entrer, tandis qu’à l’intérieur s’installe l’ambiance intimiste propre aux comedy clubs. Lumière bleue et rouge tamisée, néon rouge en forme de R qui trône sur un mur en pierres, et la scène, avec le micro qui n’attend que les artistes pour commencer la soirée. Avant le début des passages, Baptiste Tinel, humoriste et programmateur, prend la parole : « Ici, c’est une safe place, on est là pour s’amuser et donner de la force aux artistes. Ce soir, certains testent des sketchs pour la première fois. Vous allez donc assister à la naissance, et à la mort de certaines blagues, rit-il. Mais on est dans la bienveillance, alors n’hésitez pas à faire du bruit ! »
"C'est le public qui fait vivre ce lieu"
Et du bruit, il y en a. Les notes de Rock This Party de Bob Sinclar, et un coup donné dans une cymbale perchée au-dessus du bar annoncent les artistes. Au programme ce samedi : Anaïs, Salima, Naïm, Nicolas, Baptiste, et Nathan. Sur la petite scène en bois collée aux bancs de spectateurs, on parle de tout : l’amour, le racisme, le travail, la précarité, les tracas du quotidien, entre quelques incartades avec le public. Des personnes de tous âges, des réguliers, pour certains, mais aussi des novices du lieu. « Je suis passée devant plusieurs fois, et j’ai vu qu’ils rouvraient cette semaine alors avec mon copain on s’est dit ‘pourquoi pas’ et on n’a pas été déçus ! » s’exclame Margaux à la sortie du spectacle.
Le Redline propose 12 spectacles par semaine, à raison de deux sessions par soir. Les prix d’entrée varient selon le soir de spectacle, et les artistes qui se produisent sont rémunérés « au chapeau » à la sortie. Un modèle économique qui se veut le plus juste possible, mais qui repose sur le bon-vouloir des spectateurs. « Tout notre argent est dans les caisses de Leroy Merlin pour les travaux, ironise Hayran. C’est un investissement. C’est le public de Montpellier qui fait vivre ce lieu. »




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