Remboursement des protections hygiéniques réutilisables en pharmacie : où en est la mesure ?

Remboursement des protections hygiéniques réutilisables en pharmacie : où en est la mesure ?

Sortir les règles du tabou de l’intime pour les faire entrer dans le domaine politique. C’est le but du projet de loi pour le remboursement des protections menstruelles en pharmacie. À ce jour, ces déclarations sont-elles mises en place ? Enquête.

remboursement des protections hygiéniques réutilisables

Pharmacie de la Comédie, mardi 4 février 2025. Crédit : Sania IDJOUADIENE

Des effets d’annonce, mais aucune mesure concrète. Christophe, pharmacien dans le centre-ville de Montpellier, confie son incompréhension face à la mise en place de ce projet de loi : « Des lois ont été votées, mais on attend toujours l’application. Le gouvernement n’a pas l’air pressé de le mettre en application ». Un de ses confrères confirme : « Pour le moment, on n’a aucune date de décret d’application ».

Le projet de loi a été adopté en décembre 2023, puis une mise en place a été annoncée à partir de 2024. Pourtant, à ce jour, la réalité est tout autre : avec un gouvernement au ralenti, le décret d’application n’est jamais entré en vigueur, ne permettant pas aux pharmaciens de mettre en pratique cet avantage.

Une annonce politique d’abord porteuse d’espoir

En janvier 2016, l’abaissement de la TVA sur les protections hygiéniques à 5,5 %, au lieu du taux normal fixé à 20 %, a constitué une première reconnaissance du problème de la précarité menstruelle. Pourtant, pour de nombreuses personnes menstruées et précaires, l’accès aux protections reste difficile. Faute de ressources financières, elles renoncent à utiliser des serviettes, tampons, cups, et se tournent vers des solutions de fortune, aux dépens de leur santé et de leur confort.

Face à ces problématiques sociétales de grande ampleur, Elisabeth Borne annonce le remboursement des protections hygiéniques réutilisables en pharmacie pour les moins de 26 ans, dès le mois d’avril 2023 : « C’est impensable que des femmes ne puissent pas avoir les protections dont elles ont besoin et qu’elles souhaitent ». La mesure devait permettre à 6,7 millions de personnes concernées, jeunes de moins de 26 ans et bénéficiaires de la Complémentaire santé solidaire (C2S), d’obtenir gratuitement des protections menstruelles en pharmacie, sur présentation de la carte Vitale. Le remboursement, pris en charge par la Sécurité sociale à hauteur de 60 % et complété par la complémentaire santé pour les moins de 26 ans, sera entièrement pris en charge pour les bénéficiaires de la C2S.

Des mesures concrètes qui tardent

La déclaration avait été accueillie comme une avancée majeure par les concernés. Au cours d’une vie, une femme dépense en moyenne 1 100 euros en protections hygiéniques, selon les chiffres de Libération. Certains clients s’impatientent, comme le rapporte un pharmacien : « Il y a deux personnes qui sont venues fin 2024 pour demander si la loi était passée ». Pour d’autres, la mesure reste inconnue. Rencontrée dans la rue, Sophie, 23 ans, avoue « ne pas savoir que les pharmacies vendent des culottes menstruelles ». Une chose est certaine, pour tous et toutes, l’accès aux protections hygiéniques devrait être un droit, pas un privilège.

Sollicités, l’Agence régionale de santé de l’Hérault et le Syndicat des pharmaciens de l’Hérault n’ont pas répondu à nos demandes.

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